Assistanat, cancer de la société ? Réponse de N. Duvoux

, par  Marie-Odile NOVELLI , popularité : 0%

Le sociologue N Duvoux réagit aux propos de L Wauquiez sur "les dérives de l’assistanat"


"Le vrai cancer de la France, ce n’est pas l’assistanat, mais le chômage"

Le sociologue Nicolas Duvoux réagit aux propos de Laurent Wauquiez dans l’ Expansion sur "les dérives de l’assistanat".

La France est-elle un pays d’assistés, comme l’affirme l’animateur de la Droite sociale, Laurent Wauquiez ? Les réponses de Nicolas Duvoux, professeur de sociologie à l’université Paris Descartes, auteur de l’ouvrage "L’Autonomie des assistés" paru aux PUF en 2009.

Pour Laurent Wauquiez, l’assistanat est le "cancer de la société française". Partagez-vous l’avis de l’animateur de la Droite sociale ?
"Le vrai cancer de la société française, c’est le chômage de longue durée. L’assistance, c’est une des réponses à ce cancer-là, un palliatif. Si l’assistance se développe, c’est parce que le chômage reste massif et que son indemnisation n’a cessé de baisser depuis le milieu des années 1990.

Vous parlez d’assistance plutôt que d’assistanat. Quelle est la différence ?
"L’assisté, c’est celui qui est pauvre, qui doit être aidé par la solidarité nationale. Utiliser le terme d’assistanat plutôt que d’assistance relève d’une volonté politique de stigmatiser une population très hétérogène. Parler d’assistanat, c’est aussi une façon de cibler les immigrer, sans les nommer. Le terme est si péjoratif qu’une majorité - les deux tiers - de ceux qui pourraient bénéficier du RSA activité ne le demandent pas, de peur d’être stigmatisés."

Exiger des bénéficiaires du RSA d’effectuer des travaux d’intérêt social n’est-il pas une bonne idée pour les relancer dans l’emploi ?
"La collectivité a le droit d’exiger des contreparties de son assistance, mais cette idée permet surtout d’éviter de se poser la question de l’efficacité de l’action publique pour les personnes éloignées de l’emploi. Le RSA a été conçu pour rendre incitatif le travail. C’est un échec. Car le problème n’est pas d’inciter les gens à travailler mais de les rendre "employables", c’est-à-dire de les former et de les accompagner dans leur démarche."

Le système de protection social français est-il trop généreux, comme le déplore Laurent Wauquiez ?
"
Non, contrairement à une idée reçue, les minima sociaux sont relativement bas en France,
en comparaison d’autres pays européens. Le montant des minimas sociaux est deux fois plus important dans les pays d’Europe du Nord. Le RMI a perdu 34% par rapport au revenu médian des Français depuis le début des années 1990. Aujourd’hui, le RSA s’élève à 467 euros pour un célibataire et 980 euros pour un couple. C’est à peine la moitié du seuil de pauvreté. L’idée que les personnes assistées vivent dans une situation confortable est complètement fausse."