Existe -t- il avenir écologique et démocratique...

, par  Marie-Odile NOVELLI , popularité : 0%

Dans l’actualité de ces derniers temps, force est de constater l’importance des régressions tant au niveau de l’écologie que de la démocratie. Pourtant les 2 objectifs ont plus qu’on ne l’imagine besoin l’un de l’autre pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés, et en réalité des expériences positives existent aux niveaux locaux. Autant de raisons d’espérer

Régressions écologiques :

Le 28 juillet 2025, une pétition contre la « loi Duplomb » déposée peu de temps auparavant sur le site de l’assemblée nationale dépassait 2 millions de signatures. Un exploit ! Seule la pétition « l’affaire du siècle » qui soutenait la démarche de 4 ONG attaquant l’ Etat en 2019 pour « inaction climatique » avait fait aussi bien. La Loi Duplomb prévoyait à la fois le retour de certains pesticides (particulièrement l’acétamipride) interdits en France depuis 2018 pour des raisons de risque sanitaire, un allègement des normes pour les élevages de grosses fermes industrielles, et une reprise en main par l’Etat d’instances de contrôle sanitaire et environnemental -notamment des Parcs Nationaux et de l’Office Francais de Biodiversité- au détriment de la coopération d’acteurs locaux.
Le réseau d’ONG Action Climat dénonçait par ailleurs il y a quelques mois 43 reculs des politiques écologiques : même si certaines méritaient d’être revues, comme les ZFE, c’est énorme.
 Il en va de même, régionalement : Auvergne Rhône Alpes promeut depuis 10 ans les retenues d’eau en montagne pour le ski et les méga bassines, qui retardent la necessaire transformation des modèles agricoles tout en puisant dans les nappes phréatiques. Dans les Pyrénées Orientales, des élus conservateurs*, confrontées à la sécheresse réclament notamment le détournement des Eaux du Rhône, sans tenir compte ni des perspectives à la baisse du débit du fleuve ni de l’augmentation globale des prélèvements. Enfin, le conseiller chargé de l’eau au RN à Perpignan a organisé une procession en l’honneur de Saint Gaudéric pour implorer la pluie, en soulignant l’impuissance des élus face à la crise. Dans les exemples ici évoqués, s’affrontent 2 légitimités : celles des citoyens qui défendent leur santé et notre environnement, et celle d’agriculteurs qui défendent leurs moyens d’existence. Trancher en faveur de l’un ou de l’autre ne résout rien durablement. La vraie question est : comment avancer dans la résolution de ce conflit ? Seul l’accompagnement au changement, qui prend du temps le peut. Mais cet accompagnement à la transition n’a jamais vraiment été mis en place au plan national.

Régressions démocratiques

Aux Etats Unis, le désengagement du Président Trump des Accords sur le Climat s’accompagne d’une communication populiste et émotionnelle, méfiante envers l’expertise scientifique, et mettant en cause les lois et règles communes, la liberté de la presse. Ici aussi, en Europe et en France, les tentatives de s’affranchir des lois communes et de contester « l’Etat de droit » existent ; y compris de la part de ceux qui ont exercée les plus hautes fonctions au sommet de l’Etat.
Dans un contexte de croissance et de puissance constante des oligopoles économiques, comment s’étonner de l’incapacité des Etats à jouer leur rôle de régulateur ?...Le système démocratique semble à bout de souffle…
Apres 1945, la démocratie a reposé sur la promesse de plus d’équité sociale et d’accès (grâce au travail) au progrès matériel. Cette promesse rendue possible surtout grâce à l’exploitation des énergies fossiles, se heurte aujourd’hui à l’épuisement des sols, à l’effondrement progressif du vivant. Une réalité difficile à accepter, qui peut motiver un« écolobashing ».
La mutation à accomplir ne pourra pas avoir lieu si sont prises des mesures autoritaires, injustes socialement, et/ou ne valorisant que les calculs à court terme… Pourquoi demander aux agriculteurs de faire évoluer leurs pratiques si les mesures prises en Europe et en France ne sont ni vertueuses au plan environnemental, ni équitables et profitent encore aux plus aisées et à l’agro-industrie ? Les mesures qui ne prévoient pas le long terme coutent inutilement chères et retardent la prise de décision efficaces.

La démocratie est exigeante dans une société complexe, mais des expériences positives existent : les enjeux climatiques avaient fait l’objet au plan national d’une conférence Citoyenne. Un débat modèle entre citoyens, tous différents et non experts, mais qui, en travaillant sérieusement avec une variété de scientifiques et de praticiens, sont parvenus ensemble à rendre un avis argumenté.
Dans la Métropole Lyonnaise par exemple, ce sont les citoyens - pas les institutions- qui ont d’abord alerté sur la pollution de l’eau aux PFAS émises par l’industrie de la chimie dans le couloir rhodanien. Les élus (écologistes) ont ensuite pris ce sujet à bras le corps, et attaqué en justice, mais tout en travaillant avec toutes les parties prenantes : industriels, salariés et syndicats, associations environne-mentales organismes sanitaires avec l’objectif de parvenir tous ensemble à une amélioration de la situation : il n’est pas question de délocaliser la production et d’envoyer la pollution ailleurs, mais d’assumer ses responsabilités ; et celle ci est d’améliorer la situation pour tous.
Nous sortirons de l’impuissance si « L’adaptation climatique » prépare l’avenir et permet une véritable transition écologique négociée, en s’appuyant sur les citoyens.


 (*) MH LAFAGE « Les métamorphoses »,
(**)Clement Guillou « l’enjeu du manque d’eau, l’impensé du RN » Le Monde, 14 Avril 2024).


Exemple d’Initiatives Meylanaises en faveur du climat.

Il existe à Meylan un tissu associatif riche, dont les actions ont des répercussions positives sur le climat : citons par exemple le REPAIR CAFE qui, redonne vie à des objets par la réparation exercée par des bénévoles, évite ainsi le coût écologique de la fabrication, et du transport (et des dechets,) et améliore ainsi le pouvoir d’achat des ménages. Ou encore, les actions des AMAP (Association pour le Maintient de l’Agriculture Paysanne).pour soutenir les agriculteurs bio et locaux.
Beaucoup de Meylanais s’engagent par ailleurs dans de beaux projets environnementaux en déposant des propositions éligibles au Budget Participatif proposé par la Ville.

L’action de la Commune en faveur du climat, quant à elle, est répertoriée dans la charte d’engagement de la commune au PCAEM (plan Climat Air Energie Métropolitain) signée en 2020. Elle fait l’objet d’une évaluation liée au label du programme Territoire engagé pour la Transition Ecologique de l’ADEME (Agence publique de l’environnement et de la maitrise de l’énergie).
Ces actions ne sont pas toujours visibles par le citoyen (qui sait par exemple que la part d’investissements « verts » de la commune représente 56% du budget d’’investissement total, seul 5% étant défavorable, le reste étant neutre ?) ; elles peuvent être résumées ainsi : 85% des objectifs de la charte sont soit réalisées, soit en cours d’achèvement. Il s’agit d’actions qui visent à réduire les démissions de gaz à effet de serre ( GES), mais aussi à adapter le territoire à un dérèglement climatique déjà là.

Actions en réduction des émissions de Gaz à Effet de serre (GES) de la commune :
En économisant l’énergie (changement de l’éclairage public, régulation des systèmes de chauffage, passage au chauffage urbain, developpement du parc de photovoltaïque.. ), en réduisant de plus de 50% la flotte de véhicules communaux (avec 70% de véhicules électriques,) et en rénovant et isolant les bâtiments communaux, les émissions de carbone émises par la commune tant qu’institution ont été réduites de 50 %.
Par ailleurs l’ajout de clauses environnementales et sociales plus exigeantes dans les marchés publics de la ville engage une réduction des pollutions et GES. Tout comme le passage à une alimentation bio dans les crèches à plus de 70%. 

Actions en adaptation du territoire au changement climatique
La commune a augmenté assez fortement la canopée (+ 800 arbres globalement plus résiliants et source de fraicheur), désimperméabilisé des sols pour favoriser l’infiltration des eaux, implanté des arbustes et végétaux, et créé des mares et nichoirs favorisant la biodiversité, malmenée par le dérèglement climatique. Ou, autre exemple, encouragé les déplacements doux non polluants par l’installation de bancs pour favoriser la promenades de chacun, ou encore des arceaux à vélos.

Exemples de synergies d’acteurs du territoire en faveur du climat :
Le grand site d’entreprises Artepark (l’ancien site de M4) héberge aujourd’hui des entreprises telles que Orange et Siemens ainsi que le bâtiment qui hébergera la future salle Decibeldonne remplaçant l’ancienne. Ce bâtiment est éco-conçu, très peu émetteur de Gaz à Effet de Serre, avec des matériaux biosourcés, une centrale photovoltaïque en autoconsommation etc..
- L’agriculture biologique se développe dans la plaine de la Taillat, notamment avec le GAEC des MELINOTS,sur des terres agricoles métropolitaines. A partir de Novembre des paniers bio seront livrés dans Inovallée les mardis et jeudi entre Midi-deux.l’impact pour la santé et l’environnement est non négligeable : non seulement parce que sont évités GES issus des intrants chimiques, mais aussi parce que les cultures de plantes « engrais vert » ont la capacité de capter du C02 (1 ha planté capte l’équivalent du C02 émis par 2 conducteurs de voiture sur une un annnée ( 30 000 km).

Est ce suffisant ?
Non, car la commune en tant qu’institution ne représente qu’une petite portion des émissions de gaz à effet de serre du territoire meylanais. En réalité, c’est le territoire communal tout entier qui est concerné, et chaque Citoyen est appelé à agir. N’oublions pas que les 1% d’habitants de la planète les plus riches émettent autant de GES que 50% de tous les humains. Instaurer plus de justice climatique via la fiscalité permettrait de financer une partie de la reconversion climatique notamment dans les pays du SUD.